Le peul : une langue transnationale meconnue en France
Le peul (pulaar, pular, fulfulde selon les regions) est l'une des langues les plus repandues d'Afrique de l'Ouest et centrale. Selon Ethnologue (26e edition, SIL International), entre 40 et 60 millions de personnes parlent une variante du peul, répartis sur une vingtaine de pays : Guinee, Senegal, Mali, Cameroun, Nigeria, Burkina Faso, Niger, Mauritanie, Gambie, Guinee-Bissau, Tchad et bien d'autres.
C'est la langue maternelle du peuple peul (Fulbe, Fulani, Halpulaar), l'un des plus grands groupes ethniques d'Afrique, historiquement nomade et pasteur. Le peul n'est pas confine à un seul pays : c'est une langue de corridor, qui traverse les frontieres et les cultures.
En France, la diaspora peule est estimée a plusieurs centaines de milliers de personnes, concentrees dans les grandes villes. Et Marseille occupe une place particuliere dans cette geographie.
Pourquoi Marseille ? L'histoire d'un lien profond
Marseille est un port. Depuis des sièclés, c'est la porte d'entree de la France pour les populations d'Afrique de l'Ouest. Les premières vagues d'immigration peule a Marseille remontent aux années 1960-1970, avec des travailleurs venus de Guinee, du Senegal et du Mali.
Aujourd'hui, la communauté peule de Marseille et de la region PACA compte plusieurs dizaines de milliers de personnes. Elle est concentree dans les quartiers nord (13e, 14e, 15e, 16e arrondissements), a La Rose, a La Castellane, et dans les cites de l'Etoile et de Font-Vert. Mais on la retrouve aussi a Aix-en-Provence, Avignon, Toulon et Nice.
Ce qui rend Marseille unique, c'est la diversite des origines : Guinéens (Fouta-Djalon), Senegalais (vallee du fleuve), Maliens (Mopti, Segou), Camerounais (Adamaoua). Cette diversite enrichit le paysage linguistique local.
Pulaar, pular ou fulfulde : quelle variante a Marseille ?
Le peul est une langue a continuum dialectal. Les principales variantes sont :
- Pulaar : parlé au Senegal (vallee du fleuve) et en Mauritanie. C'est la variante dominante dans la diaspora marseillaise d'origine senegalaise.
- Pular : parlé en Guinee (Fouta-Djalon). C'est la variante la plus représentée a Marseille, en raison de l'importance de la communauté guineenne.
- Fulfulde : parlé au Cameroun, au Nigeria et au Niger. Moins présent a Marseille mais en croissance.
Les trois variantes sont mutuellement intelligibles a 80-90%. Apprendre l'une vous ouvre les portes des deux autres. A Marseille, le pular guineeen et le pulaar senegalais sont les plus entendus.
La vie culturelle peule a Marseille
Associations
Plusieurs associations animent la communauté peule a Marseille :
- Association des Peuls de Marseille (APM) : evenements culturels, cours de langue, aide aux nouveaux arrivants.
- Guinee Solidarite Provence : soutien à la diaspora guineenne, dont une large proportion de Peuls du Fouta-Djalon.
- Association des Senegalais de Marseille : inclut une forte composante halpulaar.
Ces associations organisent regulierement des fêtes culturelles (baptemes, mariages communautaires), des conferences et des ateliers linguistiques.
Marches et lieux de vie
Le marche aux puces des quartiers nord est un lieu ou le peul s'entend quotidiennement. Les boutiques africaines de la rue de Lyon, de Noailles et de Belsunce sont des espaces de pratique naturels. Les telecentres (de moins en moins nombreux) restent des lieux de sociabilite peule.
Mosquees et vie religieuse
La communauté peule etant majoritairement musulmane, les mosquees de Marseille sont des lieux de rencontre importants. La mosquee de la rue du Bon Pasteur (3e), la mosquee En-Nasr (15e) et la mosquee de La Capelette accueillent des fideles peuls. Les preches en pulaar ou en français sont courants.
Pourquoi apprendre le peul a Marseille ?
Reconnecter avec ses racines
Pour les enfants et petits-enfants de la diaspora peule, apprendre le pulaar ou le pular est un acte identitaire. Beaucoup de jeunes Marseillais d'origine peule comprennent la langue mais ne la parlent pas couramment. L'apprentissage structure permet de passer de la comprehension passive à la maîtrise active.
Un atout professionnel insoupçonne
Le peul est une langue de commerce et de diplomatie en Afrique de l'Ouest. Les entreprises françaises présentes en Guinee, au Senegal, au Mali ou au Cameroun valorisent les collaborateurs capables de communiquer en peul. Marseille, ville portuaire tournee vers l'Afrique, offre des opportunites concretes.
Un pont vers 20 pays
Parler peul, c'est pouvoir communiquer avec des locuteurs dans plus de 20 pays africains. Aucune autre langue africaine n'offre une couverture geographique aussi large, a l'exception du swahili en Afrique de l'Est.
Comment commencer a apprendre le peul a Marseille
Immersion locale
Le premier pas est le plus simple : frequentez les lieux ou le peul est parlé. Les marches, les associations, les evenements communautaires. Demandez aux anciens de vous enseigner les bases. La communauté peule est connue pour sa generosite envers ceux qui s'interessent a sa langue.
Ressources academiques
L'INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales) a Paris propose un cursus complet de peul. A Marseille même, les options academiques sont plus limitees, mais des cours ponctuels sont organises par les associations.
L'ecriture : alphabet latin ou ajami ?
Le peul s'ecrit principalement en alphabet latin (avec des lettres spécifiques comme le "d" barre ou le "y" crochet). L'ajami (ecriture arabe adaptee) est utilisé dans les contextes religieux. Pour un debutant, l'alphabet latin est le plus accessible.
Apprendre le peul avec un professeur natif sur Targumi
Targumi propose des cours de peul avec des professeurs natifs originaires de Guinee, du Senegal et du Mali. Cours prives ou en petits groupes, par visioconference, adaptes a votre variante (pulaar, pular ou fulfulde). Plus de 200 lecons structurees du debutant a l'intermediaire.
Sources
- Ethnologue, 26e edition (SIL International) [https://www.ethnologue.com]
- INALCO, Departement Afrique [https://www.inalco.fr]
- INSEE, "La population immigree en region PACA" [https://www.insee.fr]
- Catherine Miller, "Langues et diasporas africaines en France", IREMAM/CNRS