Le temps, l'heure et les jours en wolof

Demander l'heure, fixer un rendez-vous ou savoir si la pluie arrive : au Sénégal, ces petites phrases reviennent plusieurs fois par jour. Le wolof a sa propre façon de découper la journée, souvent liée aux heures de prière, et il emprunte à l'arabe les noms des jours de la semaine. Pour parler du temps qu'il fait, il faut aussi connaître la grande opposition entre la saison sèche et la saison des pluies, qui rythme la vie du pays. Dans cet article, vous trouverez le vocabulaire de base, des dialogues réels et les pièges à éviter.

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Contexte culturel : une journée rythmée par la lumière, la prière et les saisons

Au Sénégal, on parle rarement de l'heure en chiffres au début. On parle plutôt de moments de la journée. Le wolof distingue le céer, le matin très tôt (avant 8h environ), le suba, la matinée, l'add, qui désigne à la fois midi et le repas de midi, puis le beceg, l'après-midi, le ngoon, la fin d'après-midi, et enfin le guddi, la nuit ou le soir tard, après 20h.

Plusieurs repères viennent directement de la vie religieuse. Tisbar désigne midi et la prière du midi. Timis correspond au crépuscule et à la prière du soir. Le vendredi, on parle de juma, la prière du vendredi ou la mosquée du vendredi. Dans la conversation, dire « on se voit après timis » est beaucoup plus naturel que de donner une heure précise.

Les noms des jours de la semaine viennent de l'arabe : Altinne, Talaata, Àllarba, Alxames, Àjjuma, Gaawu et Dibéer. Le vendredi (Àjjuma) est le jour saint. Notez au passage que dibeer peut aussi vouloir dire « semaine ».

Il y a enfin une expression qu'il faut connaître : waxtu Sénégal, « l'heure sénégalaise ». Elle désigne, avec humour, la souplesse des horaires. Une réunion annoncée à dix heures peut commencer bien plus tard, et tout le monde le sait. Vous verrez cette expression en situation dans le dialogue plus bas.

Côté météo, l'année se divise surtout entre la saison sèche et le nawet, la saison des pluies, qui commence vers juin. Pour un pays où beaucoup de gens vivent de l'agriculture, l'arrivée de la pluie est un vrai sujet de conversation, souvent accompagné d'une formule de remerciement à Dieu.

Vocabulaire essentiel du temps en wolof

Voici les mots à retenir en priorité. La prononciation est indiquée en alphabet phonétique, comme dans nos leçons.

Wolof Prononciation Français
waxtu /waxtu/ heure
tey /tɛj/ aujourd'hui
demb /dɛmb/ hier
elleg /ɛlːɛɡ/ demain
suba /suba/ demain, matin
céer /ceːr/ matin tôt (avant 8h environ)
add /adː/ midi / repas de midi
beceg /bɛtʃɛɡ/ après-midi
ngoon /ŋɡoːn/ fin d'après-midi
guddi /gudːi/ nuit / soir tard (après 20h)
weer /weːr/ mois, lune
at /at/ année, ans
Altinne / Talaata / Àllarba /altinːe/ /talaːta/ /àlːarba/ Lundi / Mardi / Mercredi
Alxames / Àjjuma /alxamɛs/ /àdʒːuma/ Jeudi / Vendredi (jour saint)
Gaawu / Dibéer /gaːwu/ /dibeːr/ Samedi / Dimanche

Une remarque sur l'orthographe. Le wolof s'écrit de façons assez variables au quotidien. Dans les phrases enregistrées par nos professeurs, vous verrez « tay » à côté de « tey », « becek » à côté de « beceg », « allarba » à côté de « Àllarba ». C'est normal : l'écrit spontané suit souvent l'orthographe française. Le tableau ci-dessus reprend une graphie plus régulière, mais à l'oral c'est le même mot.

Les nombres utiles pour l'heure

Pas besoin de connaître tous les nombres pour commencer. Ceux-ci reviennent dans les phrases de nos leçons :

  • benn waxtu : une heure
  • Ñaar i minut : deux minutes
  • Nient waxtu : quatre heures
  • Juroom minut : cinq minutes
  • juroom benn waxtu : six heures
  • Juroom-ñeent waxtu : neuf heures
  • fukk waxtu : dix heures

Vous remarquez la logique : juroom (cinq) sert de base. « Six » se dit juroom benn (cinq + un) et « neuf » juroom-ñeent (cinq + quatre). Pour ajouter « et demie », on dit ak genn-wall.

Exemples et dialogues authentiques

Toutes les phrases ci-dessous ont été enregistrées par des professeurs natifs. Sur Targumi, vous pouvez les écouter dans nos cours avec audios natifs, ce qui est la meilleure façon de saisir le rythme et l'intonation.

Dialogue 1 : demander l'heure et fixer une réunion

A : Baal ma, bane waxtu moo jot ?
Excusez-moi, quelle heure est-il ?

B : Juroom-ñeent waxtu ak genn-wall.
Neuf heures et demie.

A : Jereejef. Kañ la reunion bi ?
Merci. À quelle heure est la réunion ?

B : Ci fukk waxtu. Waayé waxtu Sénégal la, xam nga!
À dix heures. Mais heure sénégalaise, tu sais !

A : Waaw, kon ci fukk waxtu ak genn-wall !
Oui, donc à dix heures et demie plutôt !

Ce petit échange contient presque tout : la formule de politesse Baal ma (excusez-moi), la question sur l'heure, le remerciement Jereejef, la préposition ci pour dire « à » une heure, et la fameuse « heure sénégalaise ».

Il existe une autre façon de demander l'heure : Fan la waxtu bi? Mot à mot, cela signifie « où est l'heure ? ».

Dialogue 2 : les jours et la Tabaski

A : Ban bis la nu nekk tay?
Quel jour sommes-nous ?

B : tay mooy allarba.
Aujourd'hui c'est mercredi.

A : Tabaski bi kagn la?
C'est quand la Tabaski ?

B : Ci weer wii di nieuw. Ci gaawu.
Le mois prochain. Un samedi.

A : Ndax jend nga sa xar?
Tu as acheté ton mouton ?

B : jeundagou ma! Dafa seer lool at bii.
Pas encore ! C'est très cher cette année.

La Tabaski (fête du sacrifice) est le grand moment de l'année au Sénégal, et la question du mouton est incontournable dans les semaines qui précèdent. Retenez Ci weer wii di nieuw (le mois prochain) et at bii (cette année).

Dialogue 3 : parler du temps qu'il fait

A : Naka tay?
Quel temps fait-il aujourd'hui ?

B : Dafa tang lool. naaj bi dafa tang.
Il fait très chaud. Le soleil tape fort.

A : Kañ la nawet wi di dougg si?
Quand arrive la saison des pluies ?

B : Ci weeru suwe. Dinañu am taw bu baax.
Au mois de juin. On va avoir de bonnes pluies.

A : Alxamdulillaay. Ndax baykat yi soxla na niou taw.
Dieu merci. Les cultures ont besoin de pluie.

Pour parler de demain, on utilise le futur avec dina :

  • Mba suba dina feex ? : Quel temps fera-t-il demain ?
  • Dina am taw bu mag ci ngoon. : Il y aura une grosse pluie en fin d'après-midi.
  • suba si du tangue, waayé becek bi dina tang. : Le matin il ne fera pas chaud, mais l'après-midi il fera chaud.

Cette dernière phrase est pratique parce qu'elle oppose deux moments de la journée, suba si (le matin) et becek bi (l'après-midi), avec la négation du et l'affirmation dina.

Cas concret : organiser sa journée à Dakar

Imaginons que vous passiez une journée chez une famille à Dakar. Voici comment les phrases s'enchaînent, du matin au soir.

Le matin, on parle du programme.

Lan moy sa program tay? : C'est quoi ton programme aujourd'hui ?
Suba si démay dém ci jaa-ba, après ma togg thièb. : Ce matin je vais au marché, après je cuisine du riz.
ngoon gi nak? : Et l'après-midi ?

Le petit mot nak permet de relancer la question : « et pour l'après-midi alors ? ». Vous pouvez aussi demander directement : Lan ngay def ci ngoon gui? (Tu fais quoi cet après-midi ?)

Au marché, on parle de fraîcheur et de distance.

Bii bou bess la. Ci souba ba légui : Celui-ci est très frais. Depuis ce matin.
Deedeet, dafa jege. Juroom minut rekk. : Non, c'est près. Cinq minutes seulement.

Ici, la distance se mesure en temps de marche, comme souvent en Afrique de l'Ouest. rekk veut dire « seulement ».

Le soir, une sortie.

Sabar am na tay ci guddi! : Il y a un sabar ce soir !
Dama bëgg Wally! Kañ lay tambali? : J'aime Wally ! Ça commence à quelle heure ?
Ci fukk waxtu guddi. nañu dém : À dix heures du soir. Allons-y !

Le sabar est une fête de danse et de percussions. Remarquez fukk waxtu guddi : on ajoute guddi après l'heure pour préciser qu'il s'agit du soir.

Parler d'hier.

Ndax sèetaan nga match bi demb? Gaindé yi nio gagné! : Tu as vu le match hier ? Les Lions ont gagné !
Séetaan nga lambu demb bi? : Tu as vu le combat hier ?
defko daan ci nienti minut. aka am doolé! : Il l'a projeté au sol en quatre minutes. Il est fort !

La lutte (lambu) et le football sont des sujets de conversation quotidiens : un bon moyen de pratiquer demb (hier) et les minutes.

Un voyage le lendemain.

tukki bi niata waxtu la? : Combien d'heures dure le voyage ?
Nient waxtu, bu soobé yalla. : Quatre heures, si Dieu le veut.
Waaw, benn waxtu. ropalaan bi sou juroom benn waxtu joté lay dém. : Oui, une heure. L'avion partira à six heures.

Pour se quitter.

Ba suba, inshallah! niou Yendu ak jaam. : À demain, si Dieu le veut ! Passe la journée en paix.

Les formules « si Dieu le veut » (inshallah, bu soobé yalla) accompagnent très souvent tout ce qui concerne le futur. Les utiliser vous fera paraître naturel et poli.

Récapitulatif et erreurs fréquentes

Ce qu'il faut retenir :

  • waxtu = heure ; minut = minute.
  • Demander l'heure : Baal ma, bane waxtu moo jot? ou Fan la waxtu bi?
  • « À » + heure : ci (ex. Ci fukk waxtu.)
  • « Et demie » : ak genn-wall.
  • Demander le jour : Ban bis la nu nekk tay?
  • Demander le temps qu'il fait : Naka tay?
  • Hier : demb ; aujourd'hui : tey ; demain : elleg ou suba.

Erreurs fréquentes :

  1. Confondre les deux sens de suba. suba veut dire « demain » et aussi « matin ». Ba suba signifie « à demain », alors que suba si veut dire « le matin ». C'est le contexte, et le petit mot qui suit, qui tranchent. Si vous voulez éviter toute ambiguïté pour « demain », vous avez aussi elleg.

  2. Mélanger beceg et ngoon. beceg est l'après-midi en général. ngoon est la fin d'après-midi, juste avant le crépuscule (timis). Dire qu'il pleuvra ci ngoon, c'est annoncer la pluie pour la fin de journée.

  3. Utiliser guddi trop tôt. guddi désigne la nuit ou le soir tard, après 20h environ. Pour un rendez-vous à 18h, on parlera plutôt de ngoon ou de timis.

  4. Prendre l'heure annoncée au pied de la lettre. Comme le montre le dialogue sur la réunion, waxtu Sénégal est une réalité. Ce n'est pas impoli de prévoir une marge, c'est même attendu dans beaucoup de situations informelles.

  5. Oublier que dibeer a deux sens. Selon le contexte, dibeer veut dire « dimanche » ou « semaine ».

  6. Construire les nombres à la française. Six ne se dit pas avec un mot à part : c'est juroom benn (cinq + un). Neuf, c'est juroom-ñeent (cinq + quatre). Une fois la logique comprise, les heures deviennent faciles.

Pour aller plus loin

Le meilleur moyen d'assimiler ce vocabulaire est de l'entendre. Sur Targumi, les phrases de cet article font partie de leçons enregistrées par des professeurs natifs de wolof. Écoutez-les plusieurs fois, puis répétez-les à voix haute en imitant l'intonation : les questions comme Kañ la reunion bi? ou Naka tay? ont une mélodie bien particulière.

Quelques idées pour pratiquer au quotidien :

  • Chaque matin, demandez-vous Ban bis la nu nekk tay? et répondez avec le bon jour de la semaine.
  • Regardez la météo et décrivez-la avec Dafa tang lool. ou Dina am taw bu mag ci ngoon.
  • Découpez votre journée avec les bons mots : céer, suba, add, beceg, ngoon, guddi.
  • Racontez votre journée d'hier en utilisant demb, comme dans Séetaan nga lambu demb bi?

Si vous ne savez pas encore par où commencer, le test de niveau vous aidera à trouver les leçons adaptées.

Conclusion

Parler du temps en wolof, ce n'est pas seulement apprendre des chiffres et des noms de jours. C'est entrer dans une façon de vivre la journée, rythmée par la lumière, la prière et les saisons, avec une bonne dose de souplesse face aux horaires. Avec une poignée d'expressions comme Baal ma, bane waxtu moo jot?, Ban bis la nu nekk tay? et Naka tay?, vous pouvez déjà tenir de vraies petites conversations. Écoutez les audios natifs, répétez, et n'oubliez pas de terminer vos échanges par un chaleureux Ba suba, inshallah!