Les nombres en darija marocaine : compter

Compter fait partie des tout premiers réflexes utiles quand on parle darija marocaine au quotidien. Que vous négociiez un prix au souk, donniez votre numéro de téléphone ou indiquiez l'heure d'un rendez-vous, les nombres reviennent dans presque chaque conversation. La bonne nouvelle : le système de comptage en darija est régulier une fois passées les vingt premières unités, et la transcription arabizi (l'écriture latine avec chiffres) le rend accessible sans connaître l'alphabet arabe. Voyons ensemble comment compter de zéro à mille, avec la prononciation et les pièges à éviter.

Évaluez votre niveau en darija marocaine

Pourquoi les nombres sont au cœur de la darija quotidienne

Au Maroc, les chiffres structurent la vie de tous les jours bien plus qu'on ne l'imagine. Dans un taxi, on annonce le prix de la course ; au marché, on marchande au dirham près ; dans un café, on commande « juj qahwa » (deux cafés) ; et au téléphone, on dicte son numéro un chiffre après l'autre. La darija marocaine, arabe vernaculaire parlé par environ 30 millions de personnes, possède son propre système de numération, distinct de l'arabe standard (MSA) appris à l'école.

Un point culturel intéressant : beaucoup de Marocains, surtout dans les zones urbaines comme Casablanca ou Rabat, utilisent aussi les chiffres en français pour les prix élevés ou les numéros de téléphone. Vous entendrez donc parfois un mélange. Mais maîtriser les nombres en darija vous rend immédiatement plus crédible et vous évite de vous faire surprendre lors d'une négociation. C'est aussi une marque de respect qui ouvre les portes et les sourires.

La transcription utilisée ici est l'arabizi : les chiffres remplacent les sons arabes absents du français. Retenez surtout 3 = ع (un son guttural, comme un « a » émis depuis la gorge), 7 = ح (un « h » très soufflé) et 5 ou kh = خ (comme la « jota » espagnole). Ces trois symboles reviennent souvent dans les nombres.

Le vocabulaire de base : compter de 0 à 10

Voici les briques fondamentales. Apprenez-les par cœur : tout le reste s'y rattache.

Chiffre Darija (arabizi) Arabe Français
0 sfer صفر zéro
1 wa7ed واحد un
2 juj جوج deux
3 tlata تلاتة trois
4 reb3a ربعة quatre
5 khamsa خمسة cinq
6 setta ستة six
7 seb3a سبعة sept
8 tmenya تمنية huit
9 tes3oud تسعود neuf
10 3echra عشرة dix

Notez que « deux » se dit « juj » (parfois « zuj ») en darija, alors qu'en arabe standard on dirait « ithnayn ». C'est l'une des différences les plus marquantes. Le « tes3oud » pour neuf peut aussi s'entendre « tes3a » selon les régions.

Les dizaines, centaines et milliers

Une fois 1 à 10 acquis, les nombres de 11 à 19 suivent un schéma reconnaissable, et les dizaines deviennent très régulières.

De 11 à 19 : on ajoute la terminaison « -tach ».

  • 11 : 7dach
  • 12 : tnach
  • 13 : tlettach
  • 14 : rbe3tach
  • 15 : khmestach
  • 16 : settach
  • 17 : sbe3tach
  • 18 : tmentach
  • 19 : tse3tach

Les dizaines :

  • 20 : 3echrin
  • 30 : tlatin
  • 40 : reb3in
  • 50 : khamsin
  • 60 : settin
  • 70 : seb3in
  • 80 : tmanin
  • 90 : tes3in
  • 100 : mya

Pour composer un nombre entre les dizaines, on relie l'unité et la dizaine avec « w » (et), en plaçant l'unité d'abord : 21 se dit « wa7ed w 3echrin » (un et vingt), 35 se dit « khamsa w tlatin » (cinq et trente), 48 se dit « tmenya w reb3in ». Le schéma est totalement régulier, ce qui facilite la mémorisation.

Au-delà :

  • 100 : mya
  • 200 : myatayn
  • 300 : teltemya
  • 1000 : alf
  • 2000 : alfayn

Ainsi, 150 se dit « mya w khamsin », 1250 se dit « alf w myatayn w khamsin ». On lit de gauche à droite en intercalant « w ».

Compter des objets : la règle d'accord à connaître

Voici le vrai piège pour les apprenants. En darija, quand on compte des objets de 3 à 10, le nombre change légèrement de forme et le nom passe au pluriel. Le chiffre perd souvent sa terminaison « -a » et gagne un « -t » de liaison.

Exemples concrets :

  • « tlata » (trois, seul) devient « tlat snin » (trois ans)
  • « reb3a » (quatre) devient « reb3 dyal swaye3 » ou « reb3 swaye3 » (quatre heures)
  • « khamsa » (cinq) devient « khams drahem » (cinq dirhams)

Pour 1 et 2, c'est différent : on n'a souvent pas besoin du chiffre, car le singulier et le duel suffisent. « un café » se dit simplement « qahwa wa7da » (le chiffre suit le nom), et « deux cafés » se dit « juj qahwa ». Le mot « juj » se place avant le nom et celui-ci reste au singulier.

À partir de 11, le nom revient au singulier précédé de « -el » : « 7dach 3am » (onze ans), « tnach derhem » (douze dirhams). Beaucoup de Marocains contournent la difficulté en utilisant « dyal » (de) : « khamsa dyal drahem » est parfaitement correct et plus simple pour un débutant. N'hésitez pas à privilégier cette tournure au début.

Cas concret : marchander au souk

Imaginez une scène typique. Vous voulez acheter des oranges (limoun) sur un marché de Marrakech.

  • Vous : « Sse7bi, bcha7al hadchi ? » (L'ami, combien ça coûte ?)
  • Vendeur : « 3echrin derhem el kilo. » (Vingt dirhams le kilo.)
  • Vous : « Bezzaf ! 3tini juj kilo b khamsa w tlatin. » (C'est trop ! Donne-moi deux kilos pour trente-cinq.)
  • Vendeur : « La, reb3in. » (Non, quarante.)
  • Vous : « Tmenya w tlatin w safi. » (Trente-huit et c'est bon.)
  • Vendeur : « Waddi, jib. » (D'accord, donne.)

Cette petite négociation mobilise plusieurs nombres : 20, 2, 35, 40, 38. Vous voyez à quel point les dizaines composées avec « w » reviennent vite. Entraînez-vous à les dire à voix haute, car la fluidité au marché impressionne toujours et fait baisser les prix plus efficacement qu'un long discours.

Autre situation utile : donner son numéro de téléphone. Les Marocains dictent généralement chiffre par chiffre : « seb3a, wa7ed, juj, sfer... » Cela évite les confusions et reste le plus simple à comprendre. Pour l'heure, on dira « es-sa3a tlata » (il est trois heures) ou « tnach w noss » (midi et demi, littéralement douze et demi).

Récap et erreurs fréquentes à éviter

Récapitulons les points clés à retenir :

  • « deux » se dit « juj » et se place avant le nom resté au singulier ;
  • de 3 à 10, le nom compté passe au pluriel et le chiffre prend une forme courte avec « -t » ;
  • les dizaines composées se construisent unité + « w » + dizaine (« khamsa w 3echrin » = 25) ;
  • en cas de doute, utilisez « chiffre + dyal + nom », toujours accepté.

Les erreurs les plus courantes des débutants :

  1. Dire « ithnayn » (arabe standard) au lieu de « juj ». Au Maroc, on dit « juj ».
  2. Oublier le « w » de liaison dans les dizaines composées : « khamsa 3echrin » seul ne veut rien dire de clair, dites « khamsa w 3echrin ».
  3. Mal prononcer le 3 (ع) et le 7 (ح). Ces sons gutturaux n'existent pas en français et demandent de l'écoute. C'est précisément là que l'audio humain fait toute la différence.
  4. Confondre « tes3oud » (9) et « tse3tach » (19) à l'oral : la terminaison « -tach » signale toujours un nombre entre 11 et 19.

Pour aller plus loin

Les nombres s'ancrent par la répétition et surtout par l'écoute. Comme la darija comporte des sons absents du français, lire la transcription arabizi ne suffit pas : il faut entendre un locuteur natif prononcer « 3echra », « seb3in » ou « myatayn » pour caler votre oreille et votre bouche. Sur Targumi, les leçons de darija marocaine sont accompagnées d'audios enregistrés par des locuteurs natifs du centre du Maroc (variante Casablanca / Rabat), ce qui vous permet de répéter avec le bon accent dès le départ.

Pour progresser efficacement, fixez-vous de petits objectifs concrets : compter vos achats à voix haute, dire l'heure en darija chaque matin, ou dicter un faux numéro de téléphone pour vous entraîner. Combinez cela avec les nombres dans des phrases utiles (« 3tini tlata », « bcha7al ? ») plutôt que de réciter une liste froide. En quelques jours, compter en darija deviendra un automatisme, et vous aborderez vos prochains marchés, taxis et cafés marocains avec une confiance toute nouvelle. Bon courage, ou comme on dit là-bas : « Allah y3awnek ! »