Les nombres en arabe egyptien
Compter est l'une des premières compétences vraiment utiles quand on apprend l'arabe egyptien (le masri). Que vous marchandiez le prix des mangues à Khan el-Khalili, que vous donniez votre numéro de téléphone ou que vous demandiez l'heure d'un train pour Alexandrie, les nombres reviennent dans presque chaque conversation. Bonne nouvelle : le système est logique et une fois les dix premiers chiffres mémorisés, le reste s'enchaîne vite.
Évaluez votre niveau en arabe egyptien
Dans cet article, on utilise la transcription arabizi (l'écriture latine avec des chiffres) : 2 note le coup de glotte (hamza/qaf), 3 note le son ع (ayn), 5 ou kh note le خ, 7 note le ح, 8 ou gh note le غ. Ne vous laissez pas intimider : ces chiffres remplacent simplement des sons qui n'existent pas en français.
Un peu de contexte culturel
En Égypte, les nombres se disent en dialecte, mais l'écriture des chiffres suit le système dit « arabe oriental » : ٠ ١ ٢ ٣ ٤ ٥ ٦ ٧ ٨ ٩. Sur les billets de banque, les plaques d'immatriculation ou les prix affichés dans un souk, vous verrez ces symboles plutôt que 0, 1, 2, 3. Il vaut donc la peine de les reconnaître visuellement en parallèle de la prononciation.
Autre particularité : l'arabe egyptien se distingue nettement de l'arabe standard (MSA) et des dialectes maghrébins. Le ج se prononce /g/ (gamal et non jamal), et le ق devient souvent un coup de glotte. Pour les nombres, cela s'entend surtout dans certains chiffres comme 5amsa (cinq) ou tes3a (neuf). Les Égyptiens sont habitués aux étrangers qui débutent : personne ne vous en voudra de compter lentement sur vos doigts au marché.
Enfin, la culture du marchandage (el-fasal) rend les nombres incontournables. Connaître les prix, savoir répondre « c'est trop cher » (8ali awi) et proposer un contre-prix fait partie du jeu social. Maîtriser les chiffres, c'est donc gagner en aisance sociale, pas seulement en grammaire.
Le vocabulaire des nombres de base
Voici les chiffres essentiels à connaître par cœur. Commencez par les mémoriser dans l'ordre, puis entraînez-vous à les sortir dans le désordre.
| Chiffre | Arabe egyptien (arabizi) | العامية المصرية |
|---|---|---|
| 0 | sifr | صفر |
| 1 | wa7ed | واحد |
| 2 | etnein | اتنين |
| 3 | talata | تلاتة |
| 4 | arba3a | أربعة |
| 5 | 5amsa | خمسة |
| 6 | setta | ستة |
| 7 | sab3a | سبعة |
| 8 | tamanya | تمانية |
| 9 | tes3a | تسعة |
| 10 | 3ashara | عشرة |
| 20 | 3eshrin | عشرين |
| 100 | miya | مية |
| 1000 | alf | ألف |
Ce tableau contient les briques de base. Notez que wa7ed (un) a une forme féminine wa7da, utilisée selon le genre du nom compté. Pour les autres chiffres au-delà de deux, on emploie généralement une seule forme dans l'usage courant.
Compter de 11 à 100
Après dix, l'arabe egyptien construit ses nombres avec une terminaison régulière en -tashar pour les dizaines de 11 à 19 :
- 11 : 7edashar
- 12 : etnashar
- 13 : talattashar
- 14 : arba3tashar
- 15 : 5amastashar
- 16 : settashar
- 17 : sab3atashar
- 18 : tamantashar
- 19 : tes3atashar
Les dizaines rondes suivent aussi un schéma reconnaissable :
- 20 : 3eshrin
- 30 : talatin
- 40 : arbe3in
- 50 : 5amsin
- 60 : settin
- 70 : sab3in
- 80 : tamanin
- 90 : tes3in
Pour les nombres composés comme 21, 34 ou 58, on dit d'abord l'unité, puis we (« et »), puis la dizaine. Ainsi :
- 21 : wa7ed we 3eshrin (littéralement « un et vingt »)
- 34 : arba3a we talatin
- 58 : tamanya we 5amsin
Cette logique « unité + et + dizaine » rappelle un peu l'allemand. Une fois qu'on l'a intégrée, on génère tous les nombres jusqu'à 99 sans effort.
Au-delà, miya (100) et alf (1000) permettent de monter très haut. On dit miteen pour 200 et talat miya pour 300. Pour 1000, alf ; pour 2000, alfein.
Un dialogue au marché
Rien ne vaut une mise en situation concrète. Voici un échange typique chez un marchand de fruits au Caire.
Vous : Bekam el-manga di ? (C'est combien ces mangues ?)
Le marchand : 3ashara genêh el-kilo. (Dix livres le kilo.)
Vous : 8ali awi ! Sab3a ? (Trop cher ! Sept ?)
Le marchand : Tamanya, a5er kalam. (Huit, dernier mot.)
Vous : Tayeb, kilo etnein men fadlak. (D'accord, deux kilos s'il vous plaît.)
Ici, plusieurs nombres se croisent : 3ashara (10), sab3a (7), tamanya (8) et etnein (2). Le mot genêh désigne la livre égyptienne (EGP), la monnaie du pays. Remarquez la formule bekam (« combien ») : c'est la question clé pour tout achat.
Un cas concret : donner son numéro de téléphone
Les Égyptiens donnent souvent leur numéro chiffre par chiffre, ce qui est parfait pour s'entraîner. Un numéro comme 0100 234 5678 se dira : sifr, wa7ed, sifr, sifr... talata, arba3a... et ainsi de suite. Pas besoin de composer des grands nombres : on égrène simplement les chiffres un à un.
De même, pour l'heure, on combine les chiffres avec el-sa3a (l'heure). El-sa3a kam ? signifie « Quelle heure est-il ? » et la réponse pourrait être el-sa3a talata (il est trois heures). Pour les prix affichés, les quantités au restaurant ou les numéros de bus, ce sont toujours les mêmes dix briques de départ qui reviennent.
Un dernier usage fréquent : l'âge. 3andak kam sana ? veut dire « Quel âge as-tu ? » (littéralement « tu as combien d'années ? »), et on répond 3andi talatin sana (j'ai trente ans). Le mot sana signifie « année ».
Récap et erreurs fréquentes
Faisons le point sur les pièges classiques que rencontrent les débutants :
- Confondre tes3a (9) et sab3a (7) : les deux se ressemblent à l'oreille. Répétez-les en paire pour bien les distinguer.
- Oublier le we dans les nombres composés : on ne dit pas 3eshrin wa7ed mais bien wa7ed we 3eshrin. L'unité vient toujours en premier.
- Prononcer le ق comme en MSA : en egyptien, il devient un coup de glotte, ce qui change la sonorité de certains mots liés aux nombres et aux prix.
- Négliger les chiffres écrits : savoir dire 5amsa ne suffit pas si vous ne reconnaissez pas ٥ sur une étiquette de prix. Entraînez les deux ensemble.
- Utiliser wa7ed au lieu de wa7da devant un nom féminin : le « un » s'accorde en genre.
Pour progresser, comptez tout ce qui vous entoure : les marches d'un escalier, les stations de métro, les pièces de monnaie. La répétition en contexte réel ancre les nombres bien plus solidement que les listes.
Pour aller plus loin
Les nombres sont une porte d'entrée idéale vers le reste du dialecte : ils apparaissent dans les prix, les dates, les adresses et les conversations quotidiennes. Une fois à l'aise avec les chiffres de 0 à 1000, vous pourrez marchander sans hésiter et comprendre les réponses des commerçants.
Sur Targumi, les leçons d'arabe egyptien sont accompagnées d'audios enregistrés par des locuteurs natifs du Caire, ce qui vous permet d'entendre la vraie prononciation des chiffres, avec le fameux ج en /g/ et le ق glottal. Écouter puis répéter à voix haute est la méthode la plus efficace pour que les nombres deviennent automatiques.
Prochaine étape recommandée : associez les nombres au vocabulaire de la monnaie, du temps et des quantités pour construire des phrases complètes. Et surtout, entraînez-vous en situation : un vrai marché égyptien est le meilleur terrain de jeu pour vos chiffres.