Faire ses courses au marché en wolof
Au Sénégal, le marché est bien plus qu'un lieu d'achat : c'est un endroit où l'on salue, où l'on discute et où le prix se décide à deux. Connaître quelques phrases en wolof change complètement l'accueil que vous recevrez, que vous achetiez des mangues, du poisson ou un boubou. Dans cet article, vous trouverez le vocabulaire essentiel, des dialogues réels enregistrés par un professeur natif et les clés pour comprendre la façon très particulière dont les Sénégalais comptent l'argent. À la fin, vous serez capable de demander un prix, de négocier et de vérifier votre monnaie sans passer par le français.
Le marché au Sénégal : ce qu'il faut savoir avant d'y aller
Un lieu de relation avant d'être un lieu de commerce
Dans les grands marchés de Dakar comme dans les petits marchés de quartier, on n'aborde pas un vendeur en annonçant directement ce qu'on veut. On commence par saluer. La formule la plus courante, partagée avec une grande partie du monde musulman, est la suivante :
- assalaam aleykum, sëriñ bi ! : Bonjour, monsieur !
- wa aleykum salaam! : la réponse du vendeur
Ce petit échange n'a l'air de rien, mais il installe un climat de respect. Un client qui salue en wolof est immédiatement perçu comme quelqu'un qui fait un effort, et cela se ressent souvent dans le premier prix proposé.
Le marchandage est normal, pas impoli
Sur les étals de fruits, de tissus ou d'objets artisanaux, le prix annoncé est rarement le prix final. Négocier fait partie du jeu, et un vendeur peut même être un peu déçu si vous acceptez tout de suite. Le marchandage suit un rythme assez codifié : le vendeur annonce un prix, le client s'exclame que c'est cher, propose un montant plus bas, et les deux finissent par se rejoindre. Le vendeur indique enfin son « dernier prix », au-delà duquel il ne descendra plus. Il faut le respecter : insister après ce moment devient vite pesant.
Pour les produits de base vendus au kilo (poisson, tomates, pain), la marge de négociation est en général beaucoup plus faible. Le marchandage concerne surtout les articles dont le prix n'est pas fixé d'avance.
Comprendre le comptage de l'argent : le point le plus déroutant
C'est la difficulté numéro un des apprenants. En wolof, les sommes d'argent ne se comptent pas en francs CFA mais dans une unité qui vaut cinq francs. Concrètement, cela donne :
- teemeer (cent unités) = 500 francs CFA
- niaar teemeer (deux fois cent) = 1 000 francs CFA
- nient teemeer (quatre fois cent) = 2 000 francs CFA
- junni (mille unités) = 5 000 francs CFA
Si vous traduisez mot à mot, vous comprendrez donc des prix cinq fois trop bas. Quand un vendeur vous dit kilo bi nient teemeer la, il ne vous parle pas de 400 francs mais de 2 000 francs le kilo. Avec un peu de pratique, le calcul devient automatique : prenez le nombre entendu et multipliez-le par cinq.
Une orthographe encore variable
Vous remarquerez dans les exemples de cet article que le même mot s'écrit parfois de plusieurs façons : niata, ñaata ou ñata pour « combien ». Le wolof possède une orthographe officielle en alphabet latin, mais dans la vie de tous les jours beaucoup de gens l'écrivent « à la française ». Nous avons conservé les phrases telles que le professeur les a enregistrées : à l'oral, ces variantes se prononcent de la même manière, avec un son proche du « gn » français.
Vocabulaire essentiel du marché en wolof
Voici les mots que vous entendrez et utiliserez en permanence. Les prononciations sont données en alphabet phonétique pour vous aider à les reproduire.
| Wolof | Prononciation | Français |
|---|---|---|
| jend | /dʒɛnd/ | acheter |
| jëndu | /dʒɛndu/ | achat |
| jaay | /dʒaːj/ | vendre / être vendeur |
| jaaykat | /dʒaːjkat/ | vendeur |
| borom | /bɔrɔm/ | propriétaire / vendeur |
| bitik | /bitik/ | boutique |
| kees | /keːs/ | caisse |
| ñaata la? | /ɲaːta la/ | Combien ça coûte ? |
| dafa jar | /dafa dʒar/ | ça coûte / c'est le prix de |
| waneg | /wanɛɡ/ | réduire (le prix) |
| waayal | /waːjal/ | faire un prix, baisser |
| wàññi | /wãɲːi/ | baisser le prix |
| wëññi | /wəɲɲi/ | baisser le prix / réduire |
| moom la yor | /moːm la jɔr/ | c'est mon dernier prix |
Quelques remarques pour bien utiliser ce tableau :
- jend et jaay forment une paire facile à retenir : l'un pour acheter, l'autre pour vendre. On en dérive jaaykat, le vendeur, en ajoutant le suffixe qui désigne la personne qui fait l'action.
- jar signifie à l'origine « valoir » ou « mériter ». C'est pour cela qu'on l'entend dans les questions de prix comme Lii niata lay jar? (Combien coûte cette marchandise ?).
- Pour demander une réduction, plusieurs verbes coexistent : waneg, waayal, wàññi, wëññi. Dans la conversation enregistrée plus bas, le client utilise la forme impérative Wagnil ! (Réduis !), une autre graphie de la même idée.
Dialogues réels au marché
Les échanges suivants ont été enregistrés par un professeur natif. Lisez-les d'abord avec la traduction, puis essayez de les dire à voix haute.
Acheter du poisson
Le poisson est central dans la cuisine sénégalaise, en particulier pour le plat national, le riz au poisson. Ce dialogue commence par la salutation et va droit au prix :
Client : assalaam aleykum, sëriñ bi ! Ñaata la jën yi di jar? Bonjour, monsieur ! C'est combien le poisson ?
Vendeur : wa aleykum salaam! Benn jën juroom ñent fukk lay jar. Bonjour ! Un poisson coûte quatre cent cinquante FCFA.
Ici, juroom ñent fukk signifie littéralement « quatre-vingt-dix » : multiplié par cinq, on obtient bien 450 francs. Une autre variante entendue au même étal :
Vendeur : juroom ñett fukk CFA benn bi. Ñaar yi téeméer la. Ça coûte quatre cents CFA pour un. Deux coûtent cinq cents.
Remarquez le prix dégressif : en achetant deux poissons, on paie moins cher à l'unité.
Au stand de la poissonnière : mérou, crevettes et piment
Client : Dama bëgg jend jenn ak tamaat. Je veux acheter du poisson et des tomates.
Vendeuse : Thiof nga bëgg walla yabooy? Tu veux du mérou ou des crevettes ?
Client : Thiof. Ak tuuti kaani. Du mérou. Et un peu de piment.
Vendeuse : Bii bou bess la. Ci souba ba légui Celui-ci est très frais. Depuis ce matin.
Client : Baax na. Ñaata laay fay? Bon. Combien je paie ?
Vendeuse : lepp juroom benn teemeer la Trois mille en tout.
Le thiof (mérou) est l'un des poissons les plus appréciés au Sénégal. La phrase Ñaata laay fay? est très pratique pour demander le total quand vous avez acheté plusieurs choses.
Les mangues et le premier marchandage
Client : mango yi niata lay jar? Combien coûtent les mangues ?
Vendeuse : kilo bi nient teemeer la Le kilo est à deux mille francs.
Client : Dafa seer! niett temeer nak? C'est cher ! Mille cinq cents ?
Vendeuse : Waaw, jend leen! Neex na lool. D'accord, achetez ! C'est très bon.
Le mot nak à la fin de la contre-proposition fonctionne comme un « alors ? » : c'est la manière naturelle de proposer un prix.
Négocier un boubou
Pour un vêtement, la négociation est plus serrée :
Client : Mbubb mi ñaata la? Combien coûte ce boubou ?
Client (après le premier prix) : Dafa seer lool! junni nak? C'est beaucoup trop cher ! Cinq mille ?
Vendeur : junni ak niaar teemeer, moom laa yor. Six mille, c'est mon dernier prix.
L'expression moom laa yor (« c'est mon dernier prix ») est le signal que la négociation est terminée. Vous l'entendrez aussi sous d'autres formes, comme jurom-niett teemeer laa am. (Quatre mille, c'est mon dernier prix.)
Cas concret : une matinée au marché
Imaginons que vous logiez à Dakar et que vous vouliez acheter des mangues pour la semaine. Voici comment la matinée peut se dérouler, uniquement avec des phrases enregistrées par notre professeur.
En partant, vous annoncez votre programme à votre hôte :
Suba si démay dém ci jaa-ba, après ma togg thièb. Ce matin je vais au marché, après je cuisine du riz.
(Vous remarquerez le mot français « après » glissé dans la phrase : c'est très fréquent dans le wolof parlé à Dakar.)
Dans la rue, vous ne trouvez pas le chemin :
Vous : nga Baal ma, fan la jaa-ba nekk? Excusez-moi, où est le marché ?
Une fois devant l'étal :
Vous : Mangos yi ñaata lañuy jar? Les mangues, combien coûtent-elles ?
Vendeuse : kilo bi teemeer la? Cinq cents, un kilogramme.
Vous : Jox ma niari kilo, mou nekk niata? Donne-moi deux kilos. Combien je paie ?
Vendeuse : niaar teemeer Mille francs.
Vous n'avez qu'un billet de 5 000 francs :
Vous : Am nga weccitu junni? Tu as la monnaie sur cinq mille ?
Vendeuse : Waaw, amnaa. Juroom niett teemeer weccit bi Oui, voici. Quatre mille la monnaie.
Le calcul est juste : deux kilos à 500 francs font 1 000 francs, et sur un billet de 5 000 francs on vous rend 4 000 francs. C'est exactement le moment où la règle « multiplier par cinq » devient utile : juroom niett teemeer, c'est huit fois cinq cents, donc 4 000 francs.
Sur le chemin du retour, vous passez à la boulangerie :
Vous : Jaaykat bi, mburu mi ñaata la? Vendeur, combien coûte le pain ?
Et si un bijou attire votre regard chez un artisan :
Vous : takkaay bi niata la? Combien coûte ce bijou ?
Vous (après le prix) : Dafa seer lool! Wagnil ! C'est trop cher ! Réduis !
Récapitulatif et erreurs fréquentes
Les phrases à retenir absolument
- Ñaata la? / Lii niata lay jar? : demander un prix
- Dafa seer! / Dafa seer lool! : dire que c'est cher, trop cher
- ... nak? : proposer un prix (« et ... alors ? »)
- Ñaata laay fay? : demander combien on doit au total
- Am nga weccitu junni? : demander si le vendeur a la monnaie
- moom laa yor : reconnaître le dernier prix du vendeur
Les erreurs à éviter
Oublier de multiplier par cinq. C'est l'erreur la plus courante. Si vous entendez teemeer, pensez « 500 francs », pas « 100 ». En cas de doute, demandez au vendeur de vous montrer la somme en billets ou en pièces : personne ne s'en offusquera.
Négocier ce qui ne se négocie pas. Le pain, le poisson au kilo ou les légumes de base ont souvent un prix connu de tous. Marchander avec insistance sur 50 francs passe mal. Gardez votre énergie pour l'artisanat, les tissus et les vêtements.
Ignorer le dernier prix. Quand un vendeur dit moom laa yor ou Deedeet, juroom niett teemeer laa meuna yém. (Non, quatre mille c'est mon dernier prix), il ferme la discussion. Vous pouvez accepter ou partir poliment, mais continuer à proposer moins est mal vu.
Commencer sans saluer. Lancer directement Ñaata la? sans assalaam aleykum paraît abrupt. La salutation ne prend que quelques secondes et vous met dans de bonnes conditions.
Se laisser perturber par l'orthographe. niata, ñaata et ñata désignent la même chose. Ce qui compte au marché, c'est la prononciation, pas l'écriture.
Un exemple de négociation complète à rejouer
Pour vous entraîner, voici une négociation enchaînée dont les étapes ont toutes été enregistrées par notre professeur :
Client : Lii niata lay jar? Combien coûte cette marchandise ?
Client (après le prix) : Dafa seer! Nient teemeer dina baakh? C'est cher ! Deux mille, ça va ?
Vendeur : Deedeet, juroom niett teemeer laa meuna yém. Non, quatre mille c'est mon dernier prix.
Client : juroom niaari temeer nak? Trois mille cinq cents ?
Vous pouvez la rejouer avec un ami en échangeant les rôles, et en vérifiant à chaque fois le montant réel en francs CFA.
Pour aller plus loin
Les phrases de cet article couvrent l'essentiel d'une visite au marché, mais l'oreille est la vraie clé : au Sénégal, les échanges sont rapides, les prix s'annoncent vite et les nombres composés (comme juroom ñent fukk ou junni ak niaar teemeer) demandent de l'entraînement pour être reconnus au vol.
Sur Targumi, les cours de wolof sont accompagnés d'audios enregistrés par des professeurs natifs. C'est le meilleur moyen de :
- vous habituer aux nombres : réécoutez les prix jusqu'à pouvoir convertir instantanément en francs CFA ;
- travailler la prononciation des sons qui n'existent pas en français, comme le ñ de ñaata ou les voyelles longues de jaay et kees ;
- répéter les dialogues à voix haute, en imitant l'intonation exclamative de Dafa seer lool! qui fait partie intégrante du marchandage.
Une méthode efficace : choisissez un dialogue par jour, écoutez-le trois fois, puis jouez les deux rôles. Au bout d'une semaine, vous aurez assimilé les tournures les plus fréquentes. Si vous préparez un voyage, entraînez-vous aussi à convertir des prix à l'oral : un ami vous dit un montant en wolof, vous répondez en francs CFA.
Faire ses courses au marché en wolof, c'est surtout apprendre un petit rituel : saluer, demander, s'exclamer, proposer, conclure. Avec une quinzaine de mots et une poignée de phrases, vous pouvez déjà acheter du poisson, des mangues ou un boubou, et surtout être accueilli comme quelqu'un qui fait l'effort de parler la langue du pays. Retenez la règle des cinq francs, saluez avant de parler prix et respectez le dernier prix du vendeur. Ensuite, il ne vous reste qu'à pratiquer.